CHEMTOVCours de halakha du dimanche · CHEMTOV

Chapitre 1 · A. Le Chabbat : les 39 travaux

Les lois de la cuisson le Chabbat (Bichoul)

Halakha selon le Yalkout Yossef
Objectifs de la séance
  • Comprendre ce qu’est « cuire » au sens de la halakha, et les notions clés : yad solédet bo, kli richon / chéni / chlichi, ein bichoul ahar bichoul.
  • Savoir préparer un thé, un café, servir la soupe et réchauffer un plat le Chabbat sans faute.
  • Organiser la plata, le koumkoum et le hamin avant l’entrée de Chabbat.

1Les notions de base

Cuire (bichoul) fait partie des 39 travaux interdits. Dans le Michkan, on faisait cuire des plantes pour fabriquer les teintures ; la Michna a mis « celui qui cuit au four » à la place, pour suivre l’ordre de fabrication du pain (Chabbat 74b). Toutes les règles de ce cours reposent sur les notions suivantes : d’abord celles de la cuisson elle-même (interdit de la Torah), puis celles du maintien au chaud (chehiya, hazara, hatmana : protections ajoutées par les Sages).

Bichoul בישול

Rendre un aliment propre à la consommation en changeant sa nature par la chaleur : bouillir, cuire au four, rôtir, frire. Faire fondre ou durcir une matière en est un dérivé.

Chauffer de l’eau ou du lait est une cuisson de la Torah, même si on peut les boire froids. Cuire sur une plaque électrique ou au micro-ondes, aussi.

KYY 318:1-3, 12, 20-21

Yad solédet bo יד סולדת בו

« La chaleur dont la main se retire », seuil à partir duquel il y a cuisson. Selon le Yalkout Yossef : ce qu’une personne moyenne ne peut pas manger ou boire tout de suite, sans attendre que ça refroidisse.

Repère pratique : au-delà d’environ 40 à 45 °C, considérer qu’il y a risque de cuisson.

KYY 318:31 · repère en degrés : Péniné Halakha 10:4

Ein bichoul ahar bichoul אין בישול אחר בישול

« Pas de cuisson après cuisson » : un aliment sec entièrement cuit (davar yavech) ne se cuit plus, même s’il a refroidi. On peut donc le réchauffer d’une façon permise.

Un plat surtout sec avec un peu de sauce compte comme sec.

KYY 318:57-58

Yech bichoul belah יש בישול בלח

« Il y a cuisson pour un liquide. » Pour les Séfarades, un liquide déjà cuit (soupe, sauce abondante, lait, eau bouillie) qui a refroidi au-dessous de yad solédet bo redevient « cru » : le réchauffer est une nouvelle cuisson.

Tant qu’il est encore chaud, il n’y a pas de nouvelle cuisson.

KYY 318:57 · Choulhan Aroukh 318:4

Kli richon, chéni, chlichi כלי ראשון, שני, שלישי

  • Kli richon : le récipient qui était sur le feu (marmite, koumkoum). Il cuit tant qu’il est yad solédet bo, même retiré du feu, et ce qu’on en verse cuit en surface (voir irouy).
  • Kli chéni : le récipient dans lequel on a versé depuis le kli richon. Selon le Yalkout Yossef, il ne cuit pas, même s’il est très chaud, et ce qu’on verse depuis un kli chéni ne cuit pas non plus. Exception : les aliments très fragiles (kalé habichoul).
  • Kli chlichi : ne cuit pas du tout.

KYY 318:30, 48-49, 51, 55

Irouy עירוי

Verser directement depuis un kli richon. Le jet cuit en surface, kdé klipa (l’épaisseur d’une pelure). Interdit donc de verser l’eau du koumkoum sur un aliment sec non cuit.

Verser du chaud dans du froid déjà présent en quantité normale est permis : c’est le liquide du dessous qui l’emporte (tataa gavar).

KYY 318:32, 47-48

Kalé habichoul קלי הבישול

Les aliments qui cuisent très facilement, même dans un kli chéni : l’œuf cru, et par rigueur les feuilles de thé.

Les liquides n’en font pas partie : on peut verser du lait froid dans un café chaud.

KYY 318:49-50, 55, 76

Ben drossaï מאכל בן דרוסאי

Un plat cuit suffisamment pour être mangeable en cas de besoin (selon les avis, au tiers ou à la moitié de sa cuisson). C’est le seuil qui compte pour laisser un plat sur un feu découvert avant Chabbat.

KYY 253:1-3

Chehiya שהייה

Laisser avant Chabbat un plat sur une source de chaleur, pour qu’il y reste pendant Chabbat. Les Sages l’ont limitée par crainte qu’on vienne attiser le feu pour hâter la cuisson (chéma yah’té).

Sur une plata non réglable, tout plat est permis. Sur un feu découvert, seulement un plat déjà ben drossaï.

KYY 253:1-3

Hazara חזרה

Remettre pendant Chabbat sur la source de chaleur un plat qu’on en a retiré. Les Sages l’ont interdite parce que cela ressemble à cuisiner, sauf à des conditions précises : plat entièrement cuit, et pour un liquide, encore chaud et non posé par terre.

KYY 253:9

Hatmana הטמנה

Envelopper une marmite pour garder sa chaleur.

  • Pendant Chabbat : interdite, même dans une matière qui n’ajoute pas de chaleur et même pour un plat cuit (crainte qu’on fasse rebouillir un plat refroidi pour l’envelopper).
  • Avant Chabbat : interdite dans une matière qui ajoute de la chaleur (davar ha-mossif hével). Pour la marmite posée sur la plata, l’usage séfarade est de permettre de l’envelopper.

KYY 257:1-2, 5

Mihzé kimevachel מיחזי כמבשל

« Avoir l’air de cuisiner. » C’est la raison des règles de la hazara. Selon le Yalkout Yossef, poser un plat sec déjà cuit sur la plata n’entre pas dans cet interdit.

KYY 318:19, 62 ; 253:10

2Les halakhot essentielles

Thé, café, sucre et lait

  1. L’essence de thé se prépare avant Chabbat, en faisant bouillir les feuilles. Verser l’eau du koumkoum sur des feuilles non cuites est interdit. KYY 318:45-46

  2. Ordre de versement : d’abord l’eau chaude dans le verre, ensuite l’essence. Mettre l’essence en premier puis l’eau du koumkoum la cuirait (elle est froide et en petite quantité). KYY 318:43, 48

    Note : Péniné Halakha conseille l’inverse (essence d’abord, eau d’un kli chéni). On suit le Yalkout Yossef.

  3. Sachet de thé neuf : jamais dans un gobelet d’eau chaude, même kli chéni. Soit on verse l’eau d’un kli chéni sur le sachet posé dans le verre, soit on le met dans un kli chlichi. KYY 318:44, 51

  4. Café moulu ou soluble : l’usage est de verser l’eau du koumkoum directement sur le café. Même chose pour le sucre, déjà cuit. Celui qui verse l’eau d’abord sera béni. KYY 318:78, 80

  5. Lait froid dans un thé ou un café chaud : permis. Un liquide ne fait pas partie des kalé habichoul. KYY 318:55

  6. Feuilles de menthe dans le thé chaud : l’usage est de le permettre (vérifier l’absence d’insectes). Rondelle de citron : permis, mais il est bon d’être rigoureux. KYY 318:52-53

Le koumkoum (bouilloire, urne)

  1. Ne jamais rajouter d’eau froide dans le koumkoum chaud, même débranché : c’est une cuisson de la Torah. KYY 318:11, 30

  2. Se servir au koumkoum resté allumé est permis, même si l’eau restante revient à ébullition. KYY 318:41-42

  3. Verser de l’eau chaude dans un verre encore mouillé est permis ; secouer les gouttes avant. Celui qui l’essuie sera béni. KYY 318:43

Réchauffer pendant Chabbat

  1. Plat sec entièrement cuit (viande, poulet, riz, kugel, œufs durs, pastels) : on peut le poser sur la plata pendant Chabbat, même s’il sort du réfrigérateur. KYY 318:57

    Note : Péniné Halakha conseille d’intercaler un récipient retourné. Selon le Yalkout Yossef, ce n’est pas nécessaire sur la plata.

  2. Plat liquide refroidi (soupe, sauce abondante, lait) ou congelé : interdit de le réchauffer sur la plata. KYY 318:57, 61 ; 253:9

  3. Un plat surtout sec avec un peu de sauce compte comme sec et peut être réchauffé. Celui qui est rigoureux sera béni. KYY 318:58

  4. Remettre sur la plata un plat qu’on vient d’en retirer (hazara) : KYY 253:9

    • plat sec cuit : permis, même refroidi ;
    • plat liquide : seulement s’il est entièrement cuit, encore chaud (yad solédet bo) et qu’on ne l’a pas posé par terre (sur la table, c’est permis).
  5. Lait cuit à réchauffer pour un bébé : mettre le biberon dans un kli chéni d’eau chaude, ou verser dessus l’eau du koumkoum. KYY 257:6 ; 318:37

  6. Bain-marie : on peut plonger un plat cuit ou une boîte de conserve dans l’eau chaude d’un kli chéni. KYY 257:6

  7. Eau ou liquide non cuit près d’une source de chaleur : seulement là où il ne pourra jamais atteindre yad solédet bo. Surveiller ne suffit pas. KYY 318:17

Avant Chabbat : la plata et le four

  1. Sur une plata électrique non réglable, on peut poser avant Chabbat tout plat, même cru. KYY 253:1, 3

  2. Sur un feu découvert (gaz) : seulement un plat déjà cuit au moins à moitié, et il ne pourra pas être remis pendant Chabbat. Il est bon de couvrir le feu d’une tôle. Un plat à peine commencé, laissé sur feu découvert, est interdit à la consommation. KYY 253:1-3

  3. Four : en mode Chabbat ou sans thermostat, permis d’y laisser un plat cuit. Si la résistance ou la flamme s’allume à l’ouverture de la porte, interdit de l’ouvrir. KYY 253:5-8

Le hamin (tchoulent, dafina)

  1. C’est une mitsva de manger chaud le Chabbat, en préparant le hamin de façon permise. KYY 257:11

  2. Envelopper la marmite (hatmana) : l’usage est de le permettre avant Chabbat, sur la plata. Pendant Chabbat, c’est interdit, même si le plat est cuit. Si la couverture glisse, on peut la remettre (plat entièrement cuit). KYY 257:2, 4-5

  3. Tant que le hamin n’est pas entièrement cuit : interdit de le recouvrir, de le remuer, ou même de se servir à la louche. KYY 318:53, 82-84

  4. Hamin entièrement cuit sur la plata : on peut remuer et servir à la louche. KYY 318:53

  5. Hamin qui se dessèche : interdit d’ajouter de l’eau chaude, même du koumkoum. On le retire, on pose une marmite vide sur la plata, et on remet le hamin dessus. KYY 253:13 ; 318:75-76

Épices, sel, pain, œufs

  1. Épices (poivre, curcuma, paprika) : interdites dans la marmite chaude même retirée du feu. On les met dans l’assiette (kli chéni). KYY 318:69

  2. Sel raffiné : il compte comme cuit, on peut en ajouter dans l’assiette ou dans une marmite retirée du feu. Jamais dans une marmite encore sur le feu. KYY 318:68

  3. Pain dans la soupe : les Séfarades peuvent verser la soupe bouillante sur le pain dans l’assiette. Si possible, verser depuis un kli chéni. KYY 318:60, 66-67

    Note : Péniné Halakha (selon le Rama) ne le permet que dans un kli chlichi. On suit le Yalkout Yossef.

  4. Œuf cru : interdit même dans un kli chéni chaud. Œuf déjà cuit : peut tremper même dans une marmite chaude retirée du feu. KYY 318:50, 76-77

  5. Ballon d’eau chaude (cumulus) : tant que l’eau du ballon est yad solédet bo, ouvrir le robinet d’eau chaude est interdit, car l’eau froide qui entre est cuite. KYY 318:38

3À retenir

✓ En pratique

  1. Vendredi : faire bouillir l’essence de thé, remplir et brancher le koumkoum, poser le hamin sur la plata et l’envelopper.
  2. Mettre les soupes et sauces sur la plata dès vendredi : une fois refroidies, on ne pourra plus les réchauffer.
  3. Samedi : les plats secs (viande, riz, pastels) peuvent aller sur la plata, même sortis du frigo.
  4. Thé : l’eau chaude d’abord, l’essence ensuite. Sachet neuf : seulement dans un kli chlichi.
  5. Servir la soupe dans l’assiette, puis y ajouter épices et croûtons.

✗ Erreurs fréquentes

  1. « La plata est allumée depuis vendredi, donc je peux y cuire » : faux, c’est une cuisson de la Torah.
  2. Compléter le koumkoum chaud avec de l’eau froide.
  3. Réchauffer sur la plata la soupe sortie du frigo.
  4. Ajouter de l’eau bouillante au hamin qui sèche.
  5. Mettre le poivre dans la marmite chaude au lieu de l’assiette.
  6. Plonger un sachet de thé neuf dans le gobelet d’eau chaude.
  7. Poser la casserole de soupe par terre, puis la remettre sur la plata.

4Pour aller plus loin : le sens

L’homme, contrairement à l’animal, ne trouve presque jamais sa nourriture toute prête : du blé au pain, il faut une longue chaîne de travaux. Le Chabbat, il cesse de transformer le monde, et cette pause donne son sens à tout le travail de la semaine. La cuisson est la mélakha la plus proche de notre quotidien, c’est pourquoi on commence souvent par elle.

D’après Péniné Halakha, Chabbat 10:1 (pourquoi la cuisson).

Le Chabbat, il est interdit de créer du nouveau. Cuire fait passer l’aliment du cru au cuit ; réchauffer un plat déjà cuit ne change pas sa nature, d’où « pas de cuisson après cuisson ». Autour de cela, les Sages ont ajouté deux protections : ne pas risquer d’attiser le feu (règles de la plata) et ne pas avoir l’air de cuisiner (règles de la hazara). Avec ces trois niveaux, on comprend presque toutes les règles de ce cours.

D’après Péniné Halakha, Chabbat 10:2 et Péniné Halakha, Chabbat 10:3.

5Questionnaire de fin de séance

Nom :Date :

1Vrai ou faux On peut ajouter de l’eau froide dans le koumkoum chaud pendant Chabbat, puisqu’il est branché depuis vendredi.

  • Vrai
  • Faux

2QCM Selon le Yalkout Yossef, comment reconnaît-on qu’un aliment est yad solédet bo ?

  • a) Il est exactement à 71 °C
  • b) On ne peut pas le manger ou le boire tout de suite sans attendre qu’il refroidisse
  • c) Il est tiède
  • d) Il bout

3Cas pratique Samedi midi, Sarah sort du frigo du poulet rôti et du riz cuits vendredi. Peut-elle les poser directement sur la plata ?

4Cas pratique Et la soupe de légumes sortie du même frigo ?

5QCM Avec une essence de thé préparée vendredi, dans quel ordre faut-il procéder ?

  • a) L’essence d’abord, puis l’eau du koumkoum
  • b) L’eau du koumkoum d’abord, puis l’essence
  • c) L’ordre n’a pas d’importance

6Vrai ou faux On peut verser l’eau bouillante du koumkoum directement sur du café soluble et du sucre.

  • Vrai
  • Faux

7QCM Le hamin se dessèche le samedi matin. Que fait-on ?

  • a) On ajoute de l’eau bouillante du koumkoum
  • b) On retire la marmite, on pose une marmite vide sur la plata et on remet le hamin dessus
  • c) On l’enveloppe d’une couverture supplémentaire
  • d) Rien n’est possible

8Cas pratique David retire de la plata la casserole de soupe bouillante, la pose sur la table pour servir, puis veut la remettre. Est-ce permis ? Et s’il l’avait posée par terre ?

9QCM Où peut-on mettre du poivre moulu dans une soupe chaude ?

  • a) Dans la marmite sur la plata
  • b) Dans la marmite retirée du feu
  • c) Dans l’assiette
  • d) Nulle part

10Vrai ou faux Si on a oublié vendredi, on peut envelopper la marmite de hamin d’une couverture pendant Chabbat.

  • Vrai
  • Faux
Corrigé du questionnaire (cliquer pour afficher)
  1. Faux. L’eau froide est cuite par l’eau chaude du kli richon : c’est une cuisson de la Torah. KYY 318:11, 30

  2. b. C’est le critère retenu par le Yalkout Yossef, sans valeur en degrés. KYY 318:31

  3. Oui. Ce sont des aliments secs entièrement cuits : pas de cuisson après cuisson. KYY 318:57

  4. Non. Pour les Séfarades, un liquide refroidi « redevient cru » : le réchauffer est une cuisson. KYY 318:57 ; 253:9

  5. b. Sinon, l’essence froide en petite quantité serait cuite par l’eau versée du kli richon. KYY 318:48

  6. Vrai. C’est l’usage : le café et le sucre sont déjà cuits. Celui qui verse l’eau d’abord sera béni. KYY 318:78, 80

  7. b. Ajouter de l’eau est interdit. Envelopper pendant Chabbat est interdit aussi. KYY 253:13 ; 257:2

  8. Sur la table : oui. Par terre : non. La soupe est entièrement cuite et encore chaude ; la poser par terre fait perdre la possibilité de la remettre. KYY 253:9

  9. c. La marmite (kli richon) cuit même hors du feu ; l’assiette (kli chéni) ne cuit pas les épices. KYY 318:69

  10. Faux. La hatmana est interdite pendant Chabbat, même pour un plat cuit et même sur la plata. KYY 257:2, 5